Quand j’étais gamine, je ne lisais pas de contes de fée, trouvais que Barbie avait l’air pernicieux et ne rêvais pas au prince charmant. Ce dont je rêvais plus que tout c’était d’avoir une paire de lunettes comme ma copine Caroline. Je trouvais ça trop classe. J’ai toujours eu bon goût… Parfois elle me les prêtait dans la cour de récré. Forcément, je voyais tout flou et je me cognais aux arbres. Je trouvais ça rigolo.
J’en avais demandé pour Noël, mais ma mère, délicate et aimante, qui avait dû dévorer « comment rabaisser son enfant en 10 leçons », m’opposait un refus catégorique, utilisant l’argument suprême : « T’es déjà assez moche comme ça ».
Vous pouvez imaginer ma joie quand j’ai commencé à foirer des tests visuels il y a une petite dizaine d’années. Toutes ces heures passées devant des écrans d’ordinateurs quotidiennement prenaient enfin leur sens. J’y étais arrivée, j’avais dans ma poche une ordonnance pour des lunettes. Quel bonheur… Comme quoi, quand on a un projet intéressant, même si c’est un projet à long terme, il faut s’y accrocher.
Je passerai sous silence que ces fameuses lunettes étaient davantage dans mon sac ou dans un tiroir que sur mon nez. Finalement, c’était moins rigolo que prévu. Et seuls des maux de tête persistants m’ont obligés à commencer à les utiliser (parfois).
Bref, 2010. Ophtalmo négligé depuis trois ans. Forcément, ma vue a baissé. Nouvelle ordonnance. Direction l’opticien. Et là, c’est le drame…
« Il vous a mis des verres progressifs. »
« Et alors ? »
« C’est très cher. Verres + montures (les vôtres ne conviennent pas aux verres progressifs), il faut compter environ 600 euros. »
« Ah putain. Comme c’est fâcheux. Ma mutuelle de merde Mon excellente mutuelle ne me rembourse que 150 euros… »
« … Vous prenez les organes ? Que puis-je revendiquer pour 150 euros ? »
« On vous change uniquement vos verres pour la vue de près ».
« Parfait. Je ne les mettrai que pour lire et devant mon pc ».
. . . Le lendemain je retourne chez l’opticien chercher mes anciennes lunettes avec mes nouveaux verres. Le type me tend un truc à lire pour tester la vue. Je mets mes lunettes et là c’est tellement clair et net, que j’ai l’impression que les petites lignes tout en bas m’ont sautée au visage. Je suis drôlement contente et je les retire de suite pour rentrer chez moi.
. . . Hier : je les mets pour lire un truc qui m’oblige à plisser des yeux – sans résultat. Bien sûr que ça devient net. Je les garde à peine deux minutes et les enlève. Et là… je ne vois plus rien. Tout ce qui est à moins de 50 centimètres de moi est flou.
. . . Nouvel essai ce matin dans le métro et au boulot : impossible de les garder.
Trop de choix devant mon nez de bigleuse :
1/ Les mettre pour que les petits caractères me sautent aux yeux, vivre dans le flou quand je les retire, puis avoir des maux de tête dû à l’effort de mes nerfs optiques (c’est gentil les gars) pour me ramener dans le réel ?
2/ Arrêter de lire pendant deux mois, le temps d’avoir une nouvelle mutuelle ? Et se contenter sur le pc de viser les touches du clavier. Après tout, je sais à peu près où elles sont placées. A peu près.
3/ Rechercher Caroline pour l’obliger à m’acheter des verres progressifs (après tout c’est de sa faute) ?
4/ Apprendre le braille ?

Ouais c’est ça